Le Secret : Le Feu et Le Sang

Le Secret : Le Feu et Le Sang

La pratique du secret est importante en  Valais. Quand la campagne se couvrait de neige, certains endroits reculés devenaient inaccessibles. Recourir au médecin était quasiment impossible. Les gens faisaient dès lors appel aux guérisseurs et faiseurs de secret du village. Mais malgré les progrès de la médecine, cette mystérieuse tradition perdure. Plus étonnant, les médecins eux-mêmes s’adressent parfois aux faiseurs de secret. «L’hôpital de Riaz a mon numéro, indique Monsieur M. Ils m’ont déjà appelé plusieurs fois pour soulager quelqu’un qui s’était brûlé.» Monsieur R., vétérinaire, affirme lui aussi être contacté par les médecins: «Le personnel hospitalier m’appelle dans les cas d’hémorragie “en plaque”. Si une artère a été sectionnée, on peut la clamper. Mais lors de saignements sur de grandes surfaces, ce qui est parfois le cas chez les gens atteints de tumeurs, les médecins sont démunis.» Aucun médecin de l’hôpital de Riaz n’a toutefois accepté d’en parler. Cependant, l’existence de la liste de faiseurs de secret que possède le CHUV est connue.
Le Dr Mauron, à Broc, avoue avoir parfois envoyé quelqu’un chez un rebouteux (un rhabilleur, qui dénoue les nœuds en manipulant ou en massant le corps), mais n’avoir jamais eu recours à un faiseur de secret. «Mais cela me plaît bien que cette tradition un peu mystérieuse ait sa place en Gruyère! Tout ce qui peut faire du bien aux gens est de toutes les manières bon à prendre.» En médecin cartésien, il ne nie ni n’affirme que les secrets fonctionnent. «Le psychisme est important. Et dans la mesure où les gens croient qu’ils vont guérir, ils vont effectivement mieux guérir que les incrédules.»

Les secrets s’inscrivent en Gruyère dans une longue tradition. Comme il s’agit d’une tradition orale, ses origines restent inconnues. Selon Magali Jenny – qui a écrit son mémoire de licence sur les guérisseurs, faiseurs de secret et rebouteux dans le canton de Fribourg – diverses théories existent: les secrets viendraient des druides. Les formules auraient été réadaptées en lien avec la religion catholique, pour qu’elles ne disparaissent pas avec l’Inquisition. Les premières sources écrites remontent au Moyen Age, dans les comptes rendus des procès de sorcellerie. Des descriptions de médicaments et de formules magiques utilisés par les accusés sont souvent mentionnées.
La Gruyère n’échappa pas à la chasse aux sorcières. L’auteure du mémoire cite une lettre écrite par le vicaire Schneuwly au sénat de Fribourg en 1507: «La campagne fourmille de magiciens, de devins et d’hommes qui ont fait un pacte avec le diable. C’est de la sorcellerie. Enjoignez aux baillifs par un décret formel de faire venir en ville quiconque est soupçonné de ce crime, pour y être examiné par des gens d’Eglise.» Un grand nombre de faiseurs de secret furent condamnés et exécutés entre le XVIe et le XVIIIe siècle. «Même s’ils révélaient presque toujours leurs secrets, faits de prières et d’invocations aux saints catholiques, les autorités continuaient à n’y voir que de la sorcellerie», écrit Magali Jenny.

Priska Rauber

Les brûlures , Hémorragies  n’attendez pas réagissez dans les 10 mn ça peux sauver une vie merci

Lambiel Claude

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